Consulter Masquer le sommaire
- La fin des classes d’impôt historiques et l’arrivée de la classe « U »
- Un barème individuel plus avantageux pour les célibataires
- Le dilemme des frontaliers mariés, entre la Classe U et T
- Qui aura droit à la Classe T ?
- La règle du non-retour
- Déductions et crédits d’impôt : ce qui change pour les non-résidents
- Comment anticiper la réforme fiscale luxembourgeoise dès maintenant ?
- Quelles sont les prochaines étapes de cette loi ?
Le paysage fiscal luxembourgeois s’apprête à connaître sa plus grande mutation depuis plusieurs décennies. Porté par le gouvernement de Luc Frieden et le ministre des Finances Gilles Roth, le projet de loi n° 8676 vise à refondre l’imposition des personnes physiques à l’horizon 1er janvier 2028.
Alors que le texte poursuit son parcours parlementaire et qu’un examen décisif s’est tenu en Commission des Finances avant le vote final attendu à la Chambre des Députés, près de 220 000 travailleurs frontaliers, venus de France, de Belgique et d’Allemagne, se posent la même question : quelles seront les conséquences réelles sur leur fiche de paie et leur pouvoir d’achat ? Voici tout ce qu’il faut retenir des ajustements à venir, des mesures transitoires et des démarches à anticiper.
La fin des classes d’impôt historiques et l’arrivée de la classe « U »
Aujourd’hui, le système repose sur trois classes distinctes. La Classe 1 est pour les célibataires sans enfants, la Classe 1a pour les parents isolés, les retraités et veufs ; puis la Classe 2 pour les couples mariés ou pacsés bénéficiant de l’imposition collective.
Dès 2028, ce système tripartite tirera sa révérence pour laisser place à la classe U, qui désigne « classe unique ». L’objectif affiché du gouvernement est de neutraliser l’impact fiscal de l’état civil. Deux personnes percevant le même revenu individuel paieront le même montant d’impôt, qu’elles soient célibataires, mariées ou pacsées.
Un barème individuel plus avantageux pour les célibataires
Pour compenser la suppression de la classe 2, le barème de la classe U intègre un allègement important :
- Le seuil d’exonération est doublé : la tranche à 0 % passe ainsi de 13 230 € à 26 650 €.
- Les tranches sont simplifiées : le nombre de tranches d’imposition est réduit de moitié, passant d’une vingtaine à dix, avec un taux maximal maintenu à 42 % hors impôts accessoires.
Pour un frontalier célibataire qui gagne 50 000 € bruts par an, cette modification se traduira par un gain net d’environ 2 600 € par an, soit plus de 200 € supplémentaires par mois.
Le dilemme des frontaliers mariés, entre la Classe U et T
C’est sur les couples mariés ou pacsés que la réforme aura le plus d’impact, en particulier lorsque les revenus au sein du foyer sont très inégaux. C’est le cas, par exemple, d’un frontalier travaillant au Luxembourg tandis que son conjoint travaille dans le pays de résidence pour un salaire plus faible, ou ne travaille pas. Pour éviter un « choc fiscal » brutal pour les ménages installés, le projet de loi prévoit une longue période de transition grâce à la Classe T, pour désigner « classe transitoire ».
Qui aura droit à la Classe T ?
Pour bénéficier de la Classe T et conserver les avantages de l’imposition collective jusqu’en 2052, soit une période transitoire de 25 ans, voici les dispositions à prendre :
- Le couple doit être marié ou pacsé avant le 31 décembre 2027.
- Le frontalier doit opter pour l’assimilation fiscale au résident, c’est-à-dire remplir la règle des 90 % de revenus du foyer provenant du Luxembourg, ou avoir moins de 13 000 € de revenus hors Luxembourg.
Par exemple, pour un frontalier gagnant 80 000 € par an dont le conjoint n’a pas de revenu, l’impôt en Classe T s’élève à environ 8 464 €, contre 16 622 € en Classe U. Conserver la Classe T représente donc un enjeu financier majeur.
La règle du non-retour
Les couples éligibles pourront à tout moment demander à basculer vers la classe U s’ils y trouvent un intérêt financier, notamment si les deux conjoints ont des salaires très proches. Cependant, ce choix est irrévocable, car un passage vers la classe U est définitif sans possibilité de revenir en arrière vers le régime transitoire.
Déductions et crédits d’impôt : ce qui change pour les non-résidents
Outre le remaniement des classes d’impôt, le texte législatif revalorise plusieurs abattements et crédits, dont certains prennent effet dès les années fiscales intermédiaires :
- Le Crédit d’impôt monoparental (CIM) : il est porté de 3 504 € à 4 008 € par an pour soutenir les parents isolés.
- Un nouvel abattement « Petite Enfance » : la création d’une déduction de 5 400 € par enfant pour les jeunes parents, partagée en cas de résidence alternée.
- Une épargne-logement (Bausparvertrag) : les plafonds déductibles augmentent pour encourager l’accès à la propriété, montant jusqu’à 1 500 € par an pour les 18-40 ans.
- Préparation à la retraite : le plafond de déduction fiscale pour la prévoyance-vieillesse grimpe à 4 500 € par an et par personne, contre 3 200 € auparavant.
Les frontaliers doivent savoir cependant que la majorité de ces déductions et abattements supplémentaires nécessitent d’être assimilés fiscalement aux résidents luxembourgeois lors de la déclaration annuelle.
Comment anticiper la réforme fiscale luxembourgeoise dès maintenant ?
Si l’entrée en vigueur principale est fixée au 1er janvier 2028, vous pouvez préparer vos choix stratégiques dès maintenant. Les experts de Casino.org Luxembourg nous donne quelques conseils à ce sujet :
- Vérifiez votre statut d’assimilation : Assurez-vous que vous remplissez bien les critères d’assimilation (la règle des 90 %) sur vos déclarations actuelles. Sans assimilation préalable, l’accès à la Classe transitoire T ne sera pas automatique.
- Évaluez la répartition des revenus de votre foyer : Faites le point sur la différence de salaire entre vous et votre conjoint. Si l’écart est significatif, le maintien en Classe T sera à privilégier.
- Optimisez vos déductions dès 2026/2027 : Profitez de la hausse des plafonds d’épargne-retraite et d’assurance pour réduire la base imposable de votre ménage avant la mise en place de la réforme globale.
Quelles sont les prochaines étapes de cette loi ?
Après la validation et l’adoption du texte le 29 septembre 2026 en Commission des Finances, le projet de loi n° 8676 entre dans sa dernière ligne droite parlementaire. Le texte sera soumis au débat formel et au vote de l’ensemble des parlementaires le 27 Octobre 2026. Compte tenu du soutien de la majorité et de l’appui annoncé de plusieurs groupes politiques, l’adoption définitive ne fait plus de doute. Ensuite, il y aura une phase de transition en 2027, pour une entrée en vigueur dès janvier 2028.
En substance, le projet de loi n° 8676 trace une feuille de route claire, qui consiste à individualiser l’impôt tout en préservant le pouvoir d’achat des célibataires et des familles monoparentales. Pour les frontaliers mariés, la période transitoire de 25 ans offre une visibilité sécurisante, à condition de bien maîtriser les règles d’assimilation fiscale et d’effectuer les bons arbitrages avant l’échéance de 2028.