Euro numérique : pourquoi il serait limité à 3 000 euros et ne rapporterait aucun bénéfice

L’euro numérique avance dans les institutions européennes, mais il ne ressemblera ni à une cryptomonnaie spéculative ni à un livret d’épargne. Le projet porté par la Banque centrale européenne prévoit un portefeuille plafonné, probablement autour de 3 000 euros par personne, sans intérêts versés aux utilisateurs. Son objectif serait simple : payer, pas gagner de l’argent.

© L’euro numérique pourrait transformer les paiements en Europe et compléter l’usage des espèces et des moyens de paiement traditionnels.

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Un portefeuille limité pour éviter la panique bancaire

L’euro numérique ne doit pas remplacer les comptes bancaires classiques.

C’est l’un des points les plus importants du projet. La Banque centrale européenne veut créer une version numérique de l’euro, utilisable pour payer en magasin, en ligne ou entre particuliers. Mais elle ne veut pas pousser les Européens à vider leurs comptes courants pour tout placer directement auprès de la banque centrale.

C’est pour cette raison qu’un plafond de détention est prévu.

Le montant de 3 000 euros par personne revient régulièrement dans les discussions. Il permettrait à chacun de disposer d’une somme suffisante pour les paiements du quotidien, sans transformer l’euro numérique en coffre-fort géant.

Ce plafond répond surtout à une inquiétude des banques.

Si des millions d’Européens transféraient une grande partie de leur argent vers des portefeuilles en euros numériques, les banques perdraient des dépôts. Or ces dépôts servent à financer une partie du crédit, notamment les prêts immobiliers, les crédits aux entreprises et les besoins de trésorerie.

Un moyen de paiement, pas un compte principal

L’euro numérique serait donc pensé comme un portefeuille de paiement.

Il pourrait contenir une somme limitée. Au-delà de cette limite, l’utilisateur continuerait à passer par son compte bancaire classique. Le système pourrait même permettre de payer un montant supérieur au plafond si le portefeuille est relié à un compte bancaire.

Dans ce cas, le paiement se ferait en euro numérique, mais l’argent manquant serait automatiquement prélevé sur le compte lié.

Cette mécanique permettrait d’utiliser l’euro numérique sans devoir le recharger en permanence. Elle éviterait aussi de dépasser durablement la limite autorisée.

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Pourquoi il ne rapporterait aucun intérêt

Autre point clé : l’euro numérique ne devrait pas générer de bénéfices.

La BCE le présente comme l’équivalent numérique des espèces. Or un billet de 50 euros dans un portefeuille ne rapporte pas d’intérêt. L’euro numérique suivrait la même logique.

Cela signifie qu’un utilisateur ne gagnerait rien en laissant 1 000, 2 000 ou 3 000 euros dans son portefeuille numérique.

Ce choix n’est pas un détail technique. Il sert à éviter que l’euro numérique devienne plus attractif qu’un compte bancaire ou qu’un produit d’épargne.

Si la BCE rémunérait ces avoirs, certains particuliers pourraient préférer placer leur argent dans ce portefeuille public plutôt que dans une banque privée. Le risque pour le système bancaire serait alors beaucoup plus important.

Pas une crypto, pas un placement

Cette absence d’intérêt distingue l’euro numérique des cryptomonnaies et de certains placements financiers.

Le Bitcoin peut monter ou baisser fortement. Les stablecoins peuvent parfois être utilisés dans des produits générant du rendement. Les livrets réglementés rapportent un taux fixé. Les obligations produisent des intérêts.

L’euro numérique, lui, ne viserait pas ce rôle.

Il ne serait pas conçu pour spéculer, investir ou faire fructifier une épargne. Il serait seulement une nouvelle forme de monnaie publique, garantie par la Banque centrale européenne.

Autrement dit, posséder 100 euros numériques reviendrait à posséder 100 euros. Pas plus.

Pourquoi l’Europe veut créer cet euro numérique

Le projet répond à une question de souveraineté.

Aujourd’hui, une grande partie des paiements numériques en Europe dépend d’acteurs privés, souvent américains. Les cartes bancaires internationales, les applications de paiement et les géants technologiques occupent une place centrale dans les transactions du quotidien.

La BCE veut éviter que l’argent numérique des Européens dépende uniquement de ces infrastructures privées.

L’euro numérique permettrait d’avoir une solution publique, européenne et utilisable dans toute la zone euro. Il pourrait fonctionner pour les achats en ligne, les paiements en magasin et certains paiements hors connexion.

Cette dimension hors ligne est importante.

Elle pourrait permettre de payer même en cas de panne réseau, de coupure internet ou de problème technique sur les systèmes de paiement classiques. L’euro numérique se rapprocherait alors du rôle des espèces, mais dans un format adapté aux usages modernes.

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Les banques restent inquiètes

Les banques européennes ne rejettent pas toutes le principe, mais elles redoutent ses conséquences.

Elles craignent surtout de perdre une partie de la relation directe avec leurs clients. Si l’euro numérique devient très utilisé, les banques pourraient se retrouver au second plan dans certains paiements du quotidien.

Elles s’inquiètent aussi du coût de mise en place.

Distribuer l’euro numérique, intégrer les systèmes techniques, sécuriser les transactions et gérer les portefeuilles demanderait des investissements importants. Les établissements veulent donc des garanties sur leur rôle, leur rémunération et la protection de leurs dépôts.

Le plafond de 3 000 euros apparaît comme une concession à ces inquiétudes.

Il permettrait de rassurer le secteur bancaire tout en lançant une monnaie numérique publique.

Un équilibre difficile à trouver

Le problème est que ce plafond peut aussi limiter l’utilité du projet.

Si la limite est trop basse, l’euro numérique ne servira qu’aux petits paiements. Il risque alors de ne pas convaincre les utilisateurs, déjà habitués aux cartes bancaires, aux virements instantanés ou aux applications mobiles.

Si la limite est trop haute, les banques craindront une fuite des dépôts.

Toute la négociation se joue donc autour de cet équilibre. L’Europe doit créer un outil suffisamment utile pour être adopté, mais pas assez puissant pour déstabiliser le financement bancaire.

Ce que cela changerait pour les particuliers

Pour un utilisateur, l’euro numérique pourrait ressembler à un portefeuille disponible sur téléphone, via une banque ou une application autorisée.

Il permettrait de payer directement avec de la monnaie centrale, c’est-à-dire une monnaie garantie par la BCE. Aujourd’hui, quand un particulier paie avec sa carte, il utilise de la monnaie commerciale déposée auprès d’une banque. Avec l’euro numérique, il utiliserait une forme numérique de monnaie publique.

La différence peut sembler abstraite.

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Pourtant, elle compte dans la conception du système financier. L’euro numérique serait une créance directe sur la banque centrale, comme les billets et les pièces.

Mais dans la vie quotidienne, l’usage serait volontairement simple : payer, recevoir de l’argent, transférer une petite somme, garder une réserve limitée.

Des questions encore ouvertes

Le projet n’est pas encore totalement finalisé.

Les institutions européennes doivent encore s’accorder sur le cadre juridique, le niveau exact du plafond, la protection de la vie privée, les frais pour les commerçants et les modalités techniques.

La confidentialité sera l’un des points les plus sensibles.

Beaucoup de citoyens craignent qu’un euro numérique permette de tracer tous leurs paiements. La BCE promet un niveau élevé de protection, notamment pour les paiements hors ligne. Mais elle devra convaincre un public souvent méfiant dès qu’il s’agit d’argent et de données personnelles.

L’autre question concerne l’adoption.

Pourquoi un particulier utiliserait-il l’euro numérique s’il possède déjà une carte bancaire, Apple Pay, Google Pay, PayPal ou un virement instantané ? La réponse devra être claire : gratuité, sécurité, universalité, paiement hors ligne et garantie publique.

Un euro numérique limité, mais stratégique

Le plafond de 3 000 euros et l’absence d’intérêts montrent la vraie nature du projet.

L’euro numérique ne serait pas un outil pour gagner de l’argent. Il ne remplacerait pas un livret, une assurance-vie ou un compte bancaire. Il ne serait pas non plus une cryptomonnaie européenne destinée à monter en valeur.

Il serait une version publique et numérique du cash.

Cette limite peut frustrer ceux qui imaginent une révolution monétaire totale. Mais elle rassure les banques et les régulateurs, qui veulent éviter une fuite massive des dépôts.

L’euro numérique avance donc avec une promesse prudente : donner aux Européens un moyen de paiement moderne, garanti par la BCE, utilisable partout dans la zone euro, sans bénéfices possibles et avec un plafond strict.

Son succès dépendra d’une question simple.

S’il ne rapporte rien et ne peut pas dépasser quelques milliers d’euros, les citoyens auront-ils vraiment envie de l’utiliser ?

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