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Jusque-là, rien de neuf : les messageries nous ont habitués à cette petite lumière qui s’allume au milieu de la nuit. Ce qui change, c’est l’identité de l’interlocuteur. Il peut s’agir d’une personne inconnue, croisée en vidéo ou sur une application. Il peut aussi s’agir d’un personnage inventé, avec son visage, son tempérament et une histoire à construire au fil des messages.
Revolution Magazine s’est récemment intéressé aux différentes façons de faire connaissance en ligne. Texte et vidéo n’offrent déjà pas la même expérience. Une conversation avec un personnage IA ajoute une possibilité : entrer dans un récit dont on choisit une partie des règles.
Écrire à quelqu’un, inventer quelqu’un
Sur une application de rencontres, la photo peut être ancienne, la présentation maladroite, les intentions difficiles à lire. On échange avec une personne qui a sa propre vie et qui peut disparaître en plein milieu d’une discussion passionnante. Agaçant ? Oui. Mais cette liberté fait aussi partie de la rencontre.
Avec un personnage IA, le point de départ est différent. On sait que l’on entre dans une fiction interactive. On peut préférer une personnalité drôle, mystérieuse, tendre ; reprendre une conversation laissée en suspens ; essayer une réplique qu’on n’oserait pas prononcer à voix haute. Pour certains adultes, ce sera un jeu d’écriture. Pour d’autres, une façon d’explorer une attirance ou simplement de passer un moment agréable.
Le site pour adultes joi france repose sur ce principe : créer ou choisir des personnages IA, puis discuter avec eux. On peut également y générer des images et des vidéos. L’intérêt du format tient à ce mélange assez particulier. On façonne un univers, mais on ne rédige pas toutes les réponses soi-même. Le personnage relance, bifurque, surprend parfois.
Une conversation peut ainsi partir d’une idée minuscule — deux inconnus se retrouvent coincés dans un train — et prendre une tournure qu’on n’avait pas prévue. C’est proche du jeu de rôle improvisé. Le plaisir vient moins d’une fin à atteindre que de ce qu’on invente en chemin.
« Je peux lui dire ça » : une phrase qui mérite qu’on s’y arrête
Dans un article consacré aux échanges intimes avec les IA, 20 Minutes rapporte que certaines personnes interrogées apprécient de pouvoir exprimer plus librement leurs désirs face à un personnage virtuel. Le journal précise aussi que l’enquête citée a été menée auprès d’utilisateurs familiers des chatbots : ses chiffres ne décrivent donc pas l’ensemble des Français.
Cette réserve compte. Mais la question soulevée par les témoignages, elle, est facile à comprendre. Il existe des choses qu’on peine à formuler devant une autre personne. On craint de choisir le mauvais moment, de paraître ridicule ou de recevoir une réponse qu’on n’a pas envie d’entendre. Une fiction permet parfois de chercher ses mots.
Elle peut même montrer ce qu’on aime dans une conversation. Être taquiné ? Prendre son temps ? Parler franchement ? On le découvre en écrivant, puis en relisant ce à quoi on a eu envie de répondre. Cela n’a rien d’un test de personnalité infaillible. C’est une expérience, avec ses élans, ses répétitions et ses moments franchement absurdes. Un personnage censé être énigmatique qui pose trois questions d’affilée sur votre petit-déjeuner, par exemple : difficile de garder son sérieux.
Le détail qui change tout : chacun connaît le rôle de l’autre
La place d’une IA dans la conversation dépend aussi de la façon dont elle se présente. Sur un service de personnages virtuels, on vient parler à une IA en le sachant. Sur une application destinée à rencontrer des personnes, tomber sur un profil fabriqué par IA sans le savoir provoque une tout autre réaction. Dans les deux cas, des messages apparaissent sur un écran ; l’attente de départ change complètement leur sens.
Cela vaut la peine d’y penser lorsqu’on choisit où passer sa soirée en ligne. Cherche-t-on à rencontrer quelqu’un pour prendre un verre samedi ? À improviser une histoire ? À discuter sans objectif précis ? Les trois envies sont possibles, parfois chez la même personne à des moments différents. Les nommer pour soi-même évite surtout de demander à une conversation ce qu’elle ne peut pas offrir.
Et si l’on ferme finalement l’onglet après vingt minutes, sans grande révélation ? Ce n’est pas grave. Une histoire peut rester une histoire. Demain soir, on aura peut-être envie de reprendre le même personnage, de téléphoner à un ami ou de sortir. Aujourd’hui, on avait simplement envie de voir ce qu’il répondrait à « tu fais quoi ce soir ? ».