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- Marseille : la DZ Mafia, empire criminel français
- Chiffres et territoire
- Le clan Yoda : l’ennemi affaibli
- Paris : les gangs du 93 et leurs innovations
- Seine-Saint-Denis : épicentre francilien
- Violence en augmentation
- Lyon : le couloir stratégique du narcotrafic
- Position géographique clé
- Grenoble : l’émergence du Fennec 38
- Un gang récent mais ultra-violent
- Communication agressive sur les réseaux sociaux
- Autres villes : Toulouse, Rennes et l’expansion du phénomène
- Comparaison des niveaux de violence
- Marseille : 19 homicides pour 100 000 habitants
- Grenoble : escalade rapide
- L’armement : des arsenaux de guerre
- La géographie du narcotrafic français
- Les portes d’entrée
- Le couloir rhodanien : autoroute du trafic
- Un marché de 7 milliards d’euros
- La réponse des autorités
- Une menace en expansion
L’attaque à la grenade revendiquée par le Fennec 38 à Grenoble début février a révélé l’existence d’un gang ultra-violent dans la capitale alpine. Pourtant, ce groupe n’est qu’un acteur parmi des dizaines d’organisations criminelles qui se disputent le marché français de la drogue. En effet, la France compte aujourd’hui environ 3 000 points de deal actifs et recense 367 assassinats ou tentatives liés au narcotrafic en 2024. Comparons les principaux gangs qui contrôlent le territoire.
Marseille : la DZ Mafia, empire criminel français
Chiffres et territoire
La DZ Mafia demeure l’organisation criminelle la plus puissante de France en 2026. Née dans les quartiers nord de Marseille, elle tire son nom du code pays de l’Algérie (DZ) et arbore le fennec comme symbole. Ainsi, le Fennec 38 de Grenoble a adopté cette symbolique pour marquer son affiliation présumée.
La DZ Mafia génère un chiffre d’affaires estimé entre 50 et 100 millions d’euros annuels. Son territoire principal s’étend sur les 13e, 14e, 15e et 16e arrondissements de Marseille. Néanmoins, elle a étendu son influence vers Lyon, Dijon, Clermont-Ferrand et Nantes depuis 2020.
Le clan Yoda : l’ennemi affaibli
Le clan Yoda représentait le principal rival de la DZ Mafia. L’arrestation de son chef Félix Bingui le 8 mars 2024 au Maroc a porté un coup sévère au gang. Par ailleurs, la guerre sanglante entre Yoda et DZ de 2022 à 2024 a fait des dizaines de morts. Aujourd’hui, le clan Yoda est fragilisé et la DZ Mafia a récupéré une partie de ses territoires.
Paris : les gangs du 93 et leurs innovations
Seine-Saint-Denis : épicentre francilien
La Seine-Saint-Denis représente l’épicentre du narcotrafic en région parisienne. Saint-Denis arrive en tête des villes françaises avec le taux de mis en cause pour trafic le plus élevé. Les gangs du 93 ont développé des méthodes innovantes comme les « Airbnbeuh », des appartements loués pour servir de points de vente discrets.
De plus, ils utilisent les « boîtes à clefs », des systèmes de consignes automatiques permettant aux clients de récupérer leur drogue sans contact humain. Cette digitalisation du trafic complique le travail des forces de l’ordre.
Violence en augmentation
La région parisienne enregistre une augmentation constante de la violence. Le nombre de blessés par arme a progressé de 39% début 2025. En outre, les tirs sur les bâtiments ont bondi de 59%. Néanmoins, le niveau reste inférieur à Marseille car les organisations parisiennes privilégient encore la discrétion.
Lyon : le couloir stratégique du narcotrafic
Position géographique clé
Lyon occupe une position stratégique dans le narcotrafic français. La ville se situe sur le « couloir rhodanien », l’axe qui relie Marseille à la Belgique via l’autoroute A7. Ainsi, les trafiquants utilisent cette route pour acheminer la cocaïne du port de Marseille vers le nord de l’Europe.
Les réseaux lyonnais génèrent un chiffre d’affaires estimé entre 30 et 50 millions d’euros annuels. Ils contrôlent des points de deal dans les quartiers de la Duchère, de Vaulx-en-Velin et de Vénissieux. Par ailleurs, la DZ Mafia a installé des antennes à Lyon depuis 2020, provoquant une hausse de 40% des règlements de comptes entre 2023 et 2025.
Grenoble : l’émergence du Fennec 38
Un gang récent mais ultra-violent
Le Fennec 38 apparaît comme le petit dernier des gangs français majeurs. Ce groupe a émergé publiquement en février 2026 avec l’attaque à la grenade qui a fait six blessés dont un enfant de cinq ans. Néanmoins, les enquêteurs estiment que le gang opère depuis au moins 2024 dans l’ombre.
Le Fennec 38 tire son nom du symbole de la DZ Mafia (le fennec) et du numéro de département de l’Isère (38). Cette nomenclature suggère une affiliation ou du moins une inspiration du modèle marseillais.
Communication agressive sur les réseaux sociaux
Le Fennec 38 se distingue par son usage offensif des réseaux sociaux. Le gang diffuse des vidéos de menace sur TikTok, Snapchat et Telegram montrant des individus cagoulés brandissant des armes. Par ailleurs, certaines vidéos arborent le drapeau algérien, renforçant le lien présumé avec la DZ Mafia.
Cette stratégie vise à intimider les concurrents et à recruter de jeunes membres. Néanmoins, elle facilite aussi le travail des enquêteurs qui analysent ces contenus pour identifier les membres du gang.
Autres villes : Toulouse, Rennes et l’expansion du phénomène
Toulouse figure parmi les cinq villes françaises les plus touchées par le narcotrafic avec un marché de 20 millions d’euros annuels. Le Sud-Ouest connaît une progression constante depuis 2020 car les organisations marseillaises cherchent à diversifier leurs zones d’activité.
Rennes illustre l’extension du narcotrafic aux villes moyennes. En 2024, la capitale bretonne a connu une guerre des territoires qui a fait plusieurs morts. Cette situation surprend dans une région traditionnellement épargnée par le crime organisé.
Comparaison des niveaux de violence
Marseille : 19 homicides pour 100 000 habitants
Les quartiers nord de Marseille affichent un taux d’homicides comparable aux niveaux observés en Amérique latine. En effet, la moyenne française s’établit à 1,3 homicide pour 100 000 habitants. Cette violence s’explique par la densité des points de deal, l’ancienneté des réseaux et la disponibilité d’armes de guerre.
Grenoble : escalade rapide
Grenoble connaît une escalade rapide depuis 2024. L’attaque à la grenade marque un tournant car ce type d’armement était jusqu’alors réservé à Marseille. Le Fennec 38 utilise désormais des méthodes qui relevaient uniquement des gangs marseillais les plus violents.
L’armement : des arsenaux de guerre
Les gangs français disposent d’un arsenal impressionnant. En 2023, la police a saisi 8 000 armes dont environ 300 armes de guerre. Les Kalachnikovs, les pistolets automatiques et les grenades circulent dans les réseaux criminels. Ces armes proviennent principalement des Balkans via l’Italie et la Suisse.
Une Kalachnikov se négocie entre 1 500 et 3 000 euros. Une grenade coûte environ 300 à 500 euros. Ainsi, même les petits gangs peuvent s’équiper avec un budget modeste. Cette militarisation s’explique par la disponibilité des armes issues des guerres balkaniques et par l’intensification de la concurrence.
La géographie du narcotrafic français
Les portes d’entrée
La cocaïne arrive en France principalement par trois ports. Marseille demeure la porte d’entrée principale pour la drogue en provenance d’Amérique du Sud via l’Afrique de l’Ouest. Le Havre reçoit des conteneurs depuis le Brésil et les Antilles. Bordeaux complète le dispositif.
En 2024, les autorités ont saisi 110 tonnes de stupéfiants dont 21 tonnes de cocaïne. Néanmoins, ces saisies ne représentent qu’une fraction du volume total. Les experts estiment que seulement 10 à 20% de la drogue importée est interceptée.
Le couloir rhodanien : autoroute du trafic
Le couloir rhodanien constitue l’autoroute du narcotrafic français. Cette région relie Marseille au nord de la France et à la Belgique. Les Bouches-du-Rhône, le Rhône et l’Isère forment ainsi un corridor crucial. Cette géographie explique l’implantation du Fennec 38 à Grenoble qui se situe sur cet axe stratégique.
Un marché de 7 milliards d’euros
Le marché français de la drogue génère environ 7 milliards d’euros annuels. La cocaïne représente la part croissante de ce chiffre d’affaires. En effet, avec 3,7 millions d’expérimentateurs et 1,1 million d’usagers réguliers en 2023, la consommation explose.
La production mondiale de cocaïne a atteint 4 000 tonnes en 2024 dont 2 700 tonnes en Colombie, soit une hausse de 53% par rapport à 2022. Cette augmentation de l’offre maintient les prix bas et stimule la demande en France.
La réponse des autorités
La France a créé en 2025 le Parquet national anti criminalité organisée (Pnaco) opérationnel en 2026. Cette structure centralise la lutte contre les grandes organisations criminelles. Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau qualifie le narcotrafic de « menace existentielle » et de danger « au moins équivalent au terrorisme ».
Les autorités multiplient les opérations « place nette » sur les points de deal. Néanmoins, leur efficacité reste limitée car les trafiquants reconstituent rapidement leurs dispositifs. Par ailleurs, un dispositif de « villes de sécurité renforcée » a été déployé dans 25 villes françaises concentrant les moyens policiers sur les zones les plus touchées.
Une menace en expansion
Le Fennec 38 de Grenoble s’inscrit dans un paysage criminel français en pleine expansion. De Marseille à Rennes, les gangs du narcotrafic contrôlent désormais 79% des communes françaises contre 54% en 2016.
Cette criminalité génère une violence sans précédent avec 367 assassinats ou tentatives en 2024. Les gangs disposent d’armes de guerre et n’hésitent plus à les utiliser en plein jour. Par ailleurs, ils exercent un pouvoir social croissant dans certains quartiers où l’État peine à maintenir son autorité.
Face à cette menace, les services de l’État se spécialisent et renforcent leurs moyens. Néanmoins, les trafiquants gardent une longueur d’avance grâce à leur agilité et leurs technologies de pointe. La bataille pour le contrôle du territoire français ne fait que commencer.