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- Le RN attaque Kerchak en justice
- “No Pasaran”, un morceau né dans l’urgence politique
- Un titre pensé pour mobiliser les jeunes
- La frontière entre rap politique et injure publique
- La liberté d’expression n’est pas absolue
- Le RN choisit le terrain judiciaire
- L’avocate de Kerchak dénonce une attaque contre la liberté d’expression
- Une affaire qui dépasse Kerchak
- Un procès possible à forte portée politique
- Le couplet de Kerchak devient une affaire nationale
Le RN attaque Kerchak en justice
Kerchak se retrouve désormais sur le terrain judiciaire.
Le rappeur est visé par une plainte pour injure publique déposée par Jordan Bardella et le Rassemblement national. En cause : son couplet dans “No Pasaran”, un morceau collectif publié en juillet 2024, en pleine campagne des élections législatives anticipées.
Le passage reproché vise directement Marine Le Pen et Jordan Bardella. Il associe un appel à ne pas voter Marine Le Pen à une insulte sexuelle et familiale contre le président du RN.
La phrase, devenue virale sur les réseaux sociaux, avait déjà provoqué de nombreuses réactions lors de la sortie du titre. Deux ans plus tard, elle revient au centre d’une procédure judiciaire.
À ce stade, Kerchak n’est pas condamné. Il reste présumé innocent. La plainte ouvre une séquence juridique, mais elle ne préjuge pas de la décision finale.
“No Pasaran”, un morceau né dans l’urgence politique
Pour comprendre l’affaire, il faut revenir à l’été 2024.
Après la victoire du RN aux européennes et la dissolution de l’Assemblée nationale, une partie du monde culturel s’était mobilisée contre l’extrême droite. Dans ce contexte, le producteur Kore et plusieurs figures du rap avaient réuni vingt artistes autour d’un morceau fleuve.
Le titre “No Pasaran” faisait référence au slogan antifasciste “Ils ne passeront pas”. Il s’inscrivait aussi dans une tradition du rap français engagé, marquée par des morceaux collectifs contre le racisme ou les lois migratoires.
Le casting était large : Sofiane, Zola, Kerchak, RK, Soso Maness, Zed, UZI, Ashe 22, Nahir, ISK, Mac Tyer, Alkpote, Akhenaton, Pit Baccardi, Seth Gueko, Demi Portion, Decimo, Relo et Costa.
Chaque rappeur y livrait un couplet court, souvent brutal, contre le RN, Marine Le Pen, Jordan Bardella ou la progression de l’extrême droite.
Un titre pensé pour mobiliser les jeunes
“No Pasaran” ne se présentait pas comme une chanson neutre.
Le morceau voulait pousser une partie de la jeunesse à voter contre le Rassemblement national. Son langage était frontal, parfois très cru, avec des punchlines pensées pour circuler vite sur les réseaux sociaux.
Kerchak, très écouté par un public jeune, occupait une place particulière dans ce dispositif.
Son couplet visait clairement les électeurs qui écoutent du rap tout en envisageant de voter RN. C’est précisément cette tension qui avait fait réagir lors de la sortie du titre.
Le rappeur voulait marquer les esprits. Le RN estime aujourd’hui qu’il a franchi la limite.
La frontière entre rap politique et injure publique
L’affaire pose une question classique, mais toujours sensible : jusqu’où peut aller une parole artistique ?
Le rap utilise souvent l’exagération, la provocation, l’insulte et la formule choc. Dans ce genre musical, la violence verbale fait partie d’un code esthétique. Elle peut servir à dénoncer, attaquer, caricaturer ou provoquer.
Mais la justice ne juge pas seulement le style.
Elle examine aussi si les propos visent une personne identifiable, s’ils relèvent de la critique politique ou s’ils basculent dans l’injure personnelle.
Dans le droit français, l’injure se distingue de la diffamation. La diffamation suppose l’imputation d’un fait précis. L’injure, elle, repose sur une expression outrageante, un terme de mépris ou une invective qui ne contient pas forcément d’accusation factuelle.
Ici, la défense de Kerchak devrait probablement plaider le contexte politique et artistique du morceau. Le RN, lui, devrait insister sur le caractère personnel et violent du passage visant Jordan Bardella.
La liberté d’expression n’est pas absolue
La liberté d’expression protège la critique politique, y compris lorsqu’elle est dure.
Elle protège aussi une grande part de la création artistique. Un morceau de rap peut attaquer un parti, dénoncer une idéologie ou viser un responsable public avec une parole beaucoup plus vive qu’un discours institutionnel.
Cependant, cette liberté connaît des limites.
Les injures publiques, les menaces, la diffamation ou les provocations à la haine peuvent être poursuivies. La difficulté consiste donc à déterminer si le passage contesté reste dans le champ de la satire politique et de la provocation artistique, ou s’il devient une attaque personnelle punissable.
C’est précisément ce que la justice devra trancher.
Le RN choisit le terrain judiciaire
Cette plainte s’inscrit dans une stratégie plus large.
Le RN cherche depuis plusieurs années à répondre plus systématiquement aux attaques qu’il juge injurieuses ou diffamatoires. En portant plainte contre Kerchak, Jordan Bardella envoie un message clair : les artistes peuvent critiquer le parti, mais pas, selon lui, insulter personnellement ses dirigeants.
Le choix de cibler Kerchak n’est pas anodin.
Parmi les vingt rappeurs du morceau, son passage est l’un des plus directement associés à Bardella. Il est aussi l’un de ceux qui ont le plus circulé en ligne.
Pour le RN, l’affaire permet de dénoncer une forme de violence verbale venue du rap engagé. Pour les soutiens de Kerchak, elle illustre au contraire une tentative d’intimidation contre une parole politique hostile à l’extrême droite.
L’avocate de Kerchak dénonce une attaque contre la liberté d’expression
L’avocate du rappeur a réagi publiquement en dénonçant une procédure problématique.
Selon elle, la plainte révèle un rapport inquiétant de l’extrême droite à la liberté d’expression. Elle défend l’idée que le couplet s’inscrivait dans un morceau politique, publié dans un contexte électoral exceptionnel.
Cette ligne de défense devrait être centrale.
Kerchak ne s’exprimait pas dans une conversation privée ni dans une interview isolée. Il participait à une œuvre collective, portée par une intention politique assumée. La défense pourra donc soutenir que les paroles doivent être lues dans ce cadre.
Mais le RN fera probablement valoir qu’un contexte artistique ne donne pas un droit illimité à l’insulte.
La bataille judiciaire se jouera donc sur cette zone grise.
Une affaire qui dépasse Kerchak
Le dossier ne concerne pas seulement un rappeur et un parti politique.
Il touche à la place du rap dans le débat public. Depuis ses débuts, le rap français entretient un rapport conflictuel avec le pouvoir, la police, la droite, l’extrême droite et les institutions.
Plusieurs morceaux ont déjà provoqué des polémiques politiques ou judiciaires. À chaque fois, la même question revient : faut-il entendre ces textes comme des paroles artistiques, des cris politiques, des outrances de scène ou des infractions ?
“No Pasaran” prolonge cette histoire.
Le titre avait été pensé comme un acte de mobilisation. Il devient désormais une pièce dans un dossier judiciaire.
Un procès possible à forte portée politique
Si l’affaire va jusqu’au tribunal, elle sera très suivie.
Le RN pourra chercher à présenter Kerchak comme l’exemple d’une violence verbale tolérée lorsqu’elle vise l’extrême droite. Le rappeur et ses soutiens pourront, eux, défendre un art politique brutal, mais légitime dans un moment de tension démocratique.
Le juge devra éviter deux pièges.
Le premier serait de réduire le rap à une simple insulte sans tenir compte de son langage, de ses codes et de son contexte. Le second serait de considérer que l’art autorise tout, même lorsqu’une personne précisément nommée se dit publiquement injuriée.
La décision pourrait donc créer un signal important pour les artistes engagés.
Elle dira jusqu’où la justice accepte la provocation dans une chanson politique.
Le couplet de Kerchak devient une affaire nationale
Deux ans après sa sortie, “No Pasaran” continue donc de produire des effets.
Le morceau avait été pensé pour peser dans une campagne électorale. Il revient aujourd’hui dans l’actualité par une plainte du Rassemblement national et de Jordan Bardella.
Pour Kerchak, l’affaire peut devenir un moment délicat. Son nom se retrouve associé à une procédure pour injure publique, avec une exposition médiatique forte.
Pour le RN, la plainte permet de reprendre la main sur un morceau qui l’avait frontalement ciblé.
Mais le débat dépasse déjà le cas individuel.
Il oppose deux visions : celle d’un parti qui veut faire sanctionner une insulte personnelle, et celle d’un artiste qui s’inscrit dans une tradition de rap politique violent, direct et provocateur.
La justice devra désormais trancher.
Et autour d’elle, le débat public risque de faire beaucoup plus de bruit que le morceau lui-même.