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Une réforme crypto qui inquiète les investisseurs
L’Afrique du Sud travaille actuellement sur une vaste réforme de ses règles de contrôle des flux financiers, incluant pour la première fois les cryptomonnaies dans son dispositif officiel de surveillance des capitaux.
Le projet, baptisé “Draft Capital Flow Management Regulations 2026”, prévoit plusieurs mesures particulièrement sensibles pour les détenteurs de crypto actifs.
Le texte impose notamment aux résidents sud-africains de déclarer certains avoirs numériques détenus à l’étranger ou dépassant certains seuils fixés par le ministère des Finances.
Mais ce sont surtout les dispositions concernant la vente forcée potentielle de certains actifs qui déclenchent la polémique.
L’État pourrait imposer la vente de certaines cryptos
Selon le projet de réglementation, le Trésor sud-africain pourrait obliger certains détenteurs de cryptomonnaies, d’or ou de devises étrangères à proposer leurs actifs à l’État ou à des entités agréées si les montants dépassent certains seuils réglementaires.
Le texte prévoit également :
- des obligations strictes de déclaration ;
- des contrôles aux frontières ;
- et des pouvoirs élargis pour les autorités financières.
Les sanctions prévues sont lourdes. Les contrevenants pourraient risquer jusqu’à 1 million de rands d’amende ainsi que cinq ans de prison en cas de violation des règles proposées.
Le gouvernement sud-africain affirme vouloir lutter contre :
- les sorties illégales de capitaux ;
- le blanchiment d’argent ;
- et les flux financiers incontrôlés via les cryptomonnaies.
Un parallèle avec Roosevelt et l’or de 1933
Cette réforme provoque des comparaisons historiques de plus en plus fréquentes avec une décision prise aux États-Unis en 1933 par le président Franklin D. Roosevelt.
À l’époque, en pleine Grande Dépression, Roosevelt avait signé l’Executive Order 6102 obligeant les Américains à vendre leur or à l’État fédéral sous peine de sanctions pénales.
L’objectif était alors de :
- renforcer le contrôle monétaire ;
- stabiliser le système financier ;
- et empêcher les sorties massives d’or du pays.
Les particuliers ne pouvaient conserver qu’une quantité limitée de métal précieux. Le reste devait être cédé à la Réserve fédérale à un prix fixé par l’État.
Aujourd’hui, certains investisseurs crypto voient dans le projet sud-africain une logique similaire : reprendre le contrôle sur des actifs considérés comme difficiles à surveiller par les autorités.
Le secteur crypto dénonce un texte “alarmant”
Plusieurs acteurs majeurs de l’industrie crypto sud-africaine critiquent vivement le projet.
Farzam Ehsani, dirigeant de la plateforme VALR, a qualifié les propositions “d’alarmantes”, estimant qu’elles risquaient de pousser investisseurs et entreprises crypto hors du pays.
Certains juristes estiment également que le texte reste juridiquement fragile.
En 2025, une Haute Cour sud-africaine avait d’ailleurs estimé que les cryptomonnaies ne pouvaient pas encore être considérées officiellement comme de la “monnaie” ou du “capital” dans le cadre des anciennes règles de contrôle des changes.
Une bataille mondiale autour du contrôle des cryptos
L’affaire illustre surtout une tendance mondiale : les États cherchent progressivement à reprendre le contrôle sur les actifs numériques.
Face à l’explosion du Bitcoin et des stablecoins, plusieurs gouvernements renforcent :
- les obligations de déclaration ;
- les règles fiscales ;
- et les contrôles sur les plateformes d’échange.
L’Afrique du Sud, considérée comme l’un des marchés crypto les plus développés du continent africain, pourrait désormais devenir un laboratoire majeur de cette nouvelle régulation mondiale.