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- GabMorrison condamné à cinq ans de prison à Montargis
- Des peines différentes selon le rôle de chacun
- Des rendez-vous organisés sur le site Coco
- Une cinquantaine de personnes attirées par de faux profils
- Les victimes étaient-elles réellement des pédophiles ?
- La justice retient surtout un mobile financier
- Coco, une plateforme au cœur de nombreux dossiers criminels
- Une affaire qui divise les internautes
GabMorrison condamné à cinq ans de prison à Montargis
L’affaire refait brutalement surface sur les réseaux sociaux. Pourtant, la condamnation ne date pas de ce lundi 3 août.
Gabriel Facerias, connu sur YouTube sous le pseudonyme de GabMorrison, a été condamné le 22 mai 2026 par le tribunal correctionnel de Montargis. La justice lui a infligé cinq ans d’emprisonnement, avec maintien en détention, pour son rôle dans une série de guets-apens organisés dans le Loiret.
Suivi par plusieurs centaines de milliers de personnes, le vidéaste s’était fait connaître grâce à des immersions dans des quartiers populaires, des rencontres avec des rappeurs et des reportages consacrés à la vie dans certaines cités.
Cette fois, son nom apparaît dans un dossier bien différent. Plusieurs coprévenus l’ont présenté comme l’un des initiateurs du système jugé à Montargis.
Des peines différentes selon le rôle de chacun
Six autres personnes comparaissaient à ses côtés. Les sanctions prononcées vont d’un an avec sursis à quatre ans de prison, selon le niveau d’implication retenu par le tribunal.
L’un des prévenus a notamment écopé de trois ans, dont un an avec sursis probatoire. Deux autres ont été condamnés à deux ans et à trente mois d’emprisonnement, dont une partie assortie d’un sursis. Plusieurs condamnés ont été maintenus en détention à l’issue de l’audience.
Les avocats avaient plaidé la relaxe sur une partie des faits. Après le jugement, certains envisageaient encore de faire appel.
Des rendez-vous organisés sur le site Coco
Les faits se sont principalement déroulés à Nogent-sur-Vernisson, une commune du Loiret située au sud de Montargis.
Entre janvier et mars 2024, des hommes utilisant le site de rencontres Coco.gg recevaient des propositions de rendez-vous intimes. Une fois arrivés sur place, ils découvraient que la personne avec laquelle ils pensaient avoir échangé n’existait pas.
Plusieurs individus cagoulés surgissaient alors dans des halls d’immeubles ou sur la voie publique. Les victimes étaient rouées de coups, parfois avec des objets contondants ou des barres de fer. Elles étaient ensuite contraintes de remettre leurs téléphones, leurs cartes bancaires ou d’autres biens personnels.
Une cinquantaine de personnes attirées par de faux profils
Au début de l’enquête, les autorités avaient identifié huit hommes physiquement agressés. Environ cinquante personnes avaient néanmoins été contactées à l’aide de faux profils.
Les enquêteurs sont remontés jusqu’aux suspects grâce aux téléphones utilisés et aux images de vidéosurveillance. Neuf personnes âgées de 19 à 29 ans avaient été mises en examen à l’automne 2024, dont sept placées en détention provisoire.
Au fil de l’instruction, le dossier s’est élargi à de nombreuses extorsions ou tentatives d’extorsion. Tous les faits examinés n’ont toutefois pas abouti à une condamnation. Le tribunal a prononcé plusieurs relaxes partielles avant de retenir la culpabilité des prévenus sur les épisodes qu’il estimait suffisamment établis.
Les victimes étaient-elles réellement des pédophiles ?
C’est le point qui provoque aujourd’hui le plus de réactions.
Sur les réseaux sociaux, l’affaire est présentée comme une série d’opérations destinées à identifier et punir des pédophiles. Les participants auraient utilisé de faux profils en se faisant parfois passer pour des personnes mineures.
Cependant, cette présentation ne correspond pas entièrement aux conclusions rendues publiques pendant l’enquête.
La justice retient surtout un mobile financier
En octobre 2024, le parquet de Montargis indiquait que le mobile semblait « davantage crapuleux ». Les personnes visées cherchaient des rencontres sexuelles, hétérosexuelles comme homosexuelles, mais elles n’avaient pas nécessairement été condamnées ni même poursuivies pour pédocriminalité.
Le mode opératoire renforce cette lecture. Les victimes étaient frappées puis dépouillées de leurs cartes bancaires, de leurs téléphones et de leurs objets personnels.
La défense a insisté sur la volonté affichée de cibler des comportements pédocriminels. Néanmoins, pour le tribunal, cette justification ne supprimait ni les violences ni les extorsions.
Soupçonner une personne d’une infraction ne permet pas de l’attirer dans un piège, de la frapper puis de lui voler ses biens. Seuls les enquêteurs et les magistrats peuvent établir les faits, identifier une victime mineure et prononcer une sanction.
Coco, une plateforme au cœur de nombreux dossiers criminels
Le choix du site Coco n’était pas anodin. Cette plateforme de discussion anonyme avait été citée dans de nombreuses enquêtes concernant des agressions, des guets-apens, des viols, du proxénétisme et des faits pédocriminels.
Son fonctionnement permettait de créer rapidement un profil sans véritable contrôle d’identité. Cette absence de vérification facilitait les échanges anonymes, mais aussi les manipulations et les faux rendez-vous.
Le site a finalement été fermé par la justice française en juin 2024. Le parquet de Paris le considérait comme un outil facilitant la commission de nombreuses infractions.
Une affaire qui divise les internautes
La peine prononcée contre GabMorrison suscite désormais deux réactions opposées. Certains internautes estiment que le youtubeur aurait dû être traité comme un lanceur d’alerte ayant voulu protéger des mineurs.
D’autres rappellent que les opérations ne se limitaient pas à recueillir des preuves ou à prévenir la police. Elles se terminaient par des agressions collectives et des vols.
Ce dossier expose ainsi la frontière entre signalement citoyen et justice privée. Lorsqu’un internaute soupçonne une tentative de prédation sexuelle, il peut conserver les échanges et les transmettre aux forces de l’ordre. Organiser une expédition punitive transforme en revanche celui qui prétend combattre un crime en auteur potentiel d’une nouvelle infraction.
Pour GabMorrison, cette différence s’est traduite par une condamnation particulièrement lourde. Son discours sur la protection des mineurs n’a pas convaincu le tribunal face à la violence et au caractère organisé des guets-apens.