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- La Russie recherche Pavel Durov pour « aide au terrorisme »
- Telegram répond par une image provocatrice
- Un robot de rencontres au cœur de l’enquête
- Quarante-six jeunes Russes arrêtés depuis juillet 2025
- Un avis international ne signifie pas encore une notice rouge Interpol
- Une arrestation à l’étranger reste incertaine
- Telegram est devenu un champ de bataille numérique
- Moscou restreint une application qu’il continue d’utiliser
- Pavel Durov fait déjà l’objet d’une procédure en France
- Deux procédures différentes, une même question
La Russie recherche Pavel Durov pour « aide au terrorisme »
Le conflit entre Moscou et Telegram vient de franchir un nouveau seuil.
Mercredi 29 juillet, les services de sécurité russes ont annoncé l’inculpation de Pavel Durov pour « aide à des activités terroristes ». Le dirigeant de Telegram fait désormais l’objet d’un avis de recherche international lancé par la Russie.
Les autorités lui reprochent de ne pas avoir supprimé des chaînes, des discussions et des robots utilisés, selon elles, par les services ukrainiens et des organisations qualifiées de terroristes ou d’extrémistes. Ces espaces auraient servi à préparer des sabotages, des attaques et des opérations de cyberfraude en Russie.
Le chef d’accusation retenu pourrait exposer Pavel Durov à la prison à vie s’il était jugé et reconnu coupable en Russie. Cependant, les éléments précis du dossier n’ont pas été rendus publics. À ce stade, les accusations reposent donc sur la version présentée par Moscou.
Telegram répond par une image provocatrice
La réponse de la messagerie n’a pas pris la forme d’un communiqué.
Quelques heures après l’annonce, le compte officiel de Telegram a publié une photographie montrant Pavel Durov adressant un doigt d’honneur. Sans texte explicatif, l’image a immédiatement été interprétée comme une réponse directe aux autorités russes.
Pavel Durov n’a pas détaillé sa défense concernant cette nouvelle inculpation. Il avait toutefois affirmé au printemps que la procédure russe cherchait surtout à justifier de nouvelles restrictions contre Telegram et à affaiblir le droit à la vie privée.
Un robot de rencontres au cœur de l’enquête
L’affaire se concentre notamment sur Daivinchik, également appelé Leo, un robot de rencontres populaire auprès des jeunes utilisateurs de Telegram.
D’après le FSB, des agents ukrainiens auraient utilisé ce service pour contacter de jeunes Russes. Ils se seraient fait passer pour des adolescentes ou de jeunes femmes afin de nouer une relation, récupérer des informations personnelles puis exercer une pression.
Quarante-six jeunes Russes arrêtés depuis juillet 2025
Les autorités russes affirment avoir interpellé 46 personnes âgées de 12 à 22 ans depuis juillet 2025. Elles les soupçonnent d’avoir agressé des policiers, incendié des infrastructures ou participé à des opérations visant les transports, l’énergie, les communications et le secteur financier.
Selon le scénario décrit par Moscou, certains utilisateurs auraient envoyé leur position géographique ou cliqué sur des liens frauduleux. Ils auraient ensuite été menacés et poussés à commettre des actes présentés comme de fausses missions de sécurité.
Ces affirmations n’ont pas été confirmées par une enquête indépendante rendue publique. Elles permettent néanmoins à la Russie de placer directement Telegram et son fondateur au centre du dossier.
Un avis international ne signifie pas encore une notice rouge Interpol
L’expression « avis de recherche international » peut laisser penser que Pavel Durov peut être arrêté automatiquement dans tous les pays. La réalité juridique est plus complexe.
Le FSB n’a pas précisé quel mécanisme international serait utilisé. Pour l’instant, aucune confirmation publique ne permet d’affirmer qu’Interpol a diffusé une notice rouge contre le patron de Telegram.
Une arrestation à l’étranger reste incertaine
Une notice rouge n’est pas un mandat d’arrêt mondial. Elle demande aux polices nationales de localiser une personne et, selon leur droit, de procéder éventuellement à une arrestation provisoire avant l’examen d’une demande d’extradition.
Le cas de Pavel Durov serait particulièrement sensible. Né en Russie, il possède notamment les nationalités française et émiratie. Une éventuelle remise à Moscou dépendrait donc du pays où il se trouve, de ses lois et des accords applicables.
Sa localisation exacte n’était pas clairement établie lors de l’annonce russe. Le dirigeant avait seulement indiqué s’être trouvé en Géorgie quelques jours auparavant.
Telegram est devenu un champ de bataille numérique
La procédure vise Pavel Durov, mais son enjeu dépasse largement sa personne.
Telegram revendique plus d’un milliard d’utilisateurs. Depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, la plateforme diffuse des alertes, des images de combats, des communiqués et des informations militaires. Elle est utilisée par les autorités, les soldats et les influenceurs des deux camps.
Moscou restreint une application qu’il continue d’utiliser
Ce paradoxe fragilise la stratégie russe.
La Russie ralentit fortement l’accès à Telegram et encourage les utilisateurs à rejoindre MAX, une messagerie soutenue par l’État. Pourtant, le Kremlin, le ministère russe de la Défense et de nombreuses administrations continuent de publier chaque jour sur Telegram.
L’application reste donc à la fois indispensable et difficile à contrôler. En visant personnellement son fondateur, Moscou déplace le rapport de force. Il ne s’agit plus seulement de limiter un service, mais de faire peser un risque pénal majeur sur celui qui le dirige.
Pavel Durov fait déjà l’objet d’une procédure en France
Cette affaire intervient alors que Pavel Durov reste concerné par une enquête judiciaire ouverte en France.
Arrêté près de Paris en août 2024, il a été mis en examen dans un dossier distinct lié à l’utilisation de Telegram pour des activités criminelles et à la coopération de la plateforme avec les enquêteurs. Il a ensuite été autorisé à quitter la France pendant la poursuite des investigations.
Deux procédures différentes, une même question
Les dossiers français et russe ne portent pas sur les mêmes faits. Ils soulèvent pourtant une interrogation commune : jusqu’où le dirigeant d’une messagerie peut-il être tenu personnellement responsable des crimes organisés par certains utilisateurs ?
Telegram affirme avoir renforcé sa modération et sa coopération avec les autorités. La plateforme conteste néanmoins toute responsabilité directe dans les crimes commis par ses utilisateurs.
La prochaine étape dépendra notamment d’une éventuelle demande adressée à Interpol et de la réaction des pays où Pavel Durov pourrait voyager. En attendant, le bras de fer entre la Russie et Telegram entre dans une phase nettement plus dangereuse pour son fondateur.