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EN BREF — Pakistan déclare « guerre ouverte » Afghanistan vendredi 27 février. Frappes Kaboul, Kandahar, Paktika. 228 talibans tués (Pakistan), 55 soldats pakistanais tués (Afghanistan). 19 postes capturés talibans. Début conflit : 21 février frappes pakistanaises. Opération « Ghazab Lil Haq » (Colère juste). ONU appelle cessez-le-feu. 28 500 déplacés. Crise humanitaire.
« Notre patience a débordé » : le Pakistan déclare la guerre
Le ministre pakistanais de la Défense Khawaja Asif a déclaré vendredi 27 février sur X : « Notre coupe de patience a débordé. Maintenant c’est une guerre ouverte entre nous et vous. » En effet, cette déclaration survient après que les forces talibanes afghanes ont lancé des « opérations offensives à grande échelle » contre des postes militaires pakistanais le long de la ligne Durand, la frontière contestée entre les deux pays.
Par ailleurs, dans la nuit du 26 au 27 février, le Pakistan a répondu par l’opération « Ghazab Lil Haq » (Colère pour la justice). Ainsi, l’armée de l’air pakistanaise a mené des frappes massives sur Kaboul, Kandahar et Paktika, ciblant directement le régime taliban et non plus seulement les militants du TTP.
Des bilans contradictoires sur les pertes
L’armée pakistanaise revendique avoir éliminé 228 combattants talibans et blessé 314 autres durant les attaques. En effet, selon Islamabad, les frappes ont détruit le QG de la 313e brigade, le QG de la brigade 201 KBW et le QG de la 205e brigade à Kaboul et Kandahar. Par ailleurs, le plus grand complexe militaire de la prison de Pul-e-Charkhi à l’est de Kaboul a également été frappé.
Néanmoins, les autorités talibanes contestent ces chiffres. Ainsi, elles affirment n’avoir perdu que 8 combattants tués et 11 blessés. En revanche, les talibans revendiquent avoir tué 55 soldats pakistanais et capturé 19 postes militaires, dont un quartier général à Anzar Sar dans la province de Khost. De plus, ils affirment avoir abattu un avion pakistanais au-dessus de Jalalabad, ce que le Pakistan nie.
Une escalade sans précédent depuis 2021
Comme le note l’expert américain Michael Kugelman, l’offensive pakistanaise constitue une escalade majeure. En effet, Islamabad ne cible désormais plus uniquement le groupe terroriste TTP, mais le régime taliban lui-même. Par ailleurs, cette « guerre ouverte » marque la rupture la plus sérieuse depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021.
Néanmoins, les tensions s’envenimaient depuis des mois. Ainsi, en octobre 2025, des affrontements avaient fait plusieurs dizaines de morts, conduisant à un cessez-le-feu fragile médiatisé par la Turquie et le Qatar. De plus, début février, des attentats terroristes au Pakistan, dont un attentat-suicide dans une mosquée chiite d’Islamabad (36 morts), avaient ravivé les accusations contre l’Afghanistan.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte sur une détérioration rapide de la situation. En effet, au sixième jour des affrontements, plus de 28 500 personnes ont été déplacées. Par ailleurs, les convois humanitaires sont bloqués dans l’est et le sud de l’Afghanistan.
Néanmoins, les provinces touchées, comme Kunar et Nangarhar, avaient déjà été dévastées par un séisme en août dernier. Ainsi, ces territoires, déjà marqués par une grave insécurité alimentaire, se retrouvent à nouveau en première ligne. De plus, le PAM n’a pu atteindre qu’une fraction des personnes dans le besoin durant l’opération hivernale.
Appels internationaux à la désescalade
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres appelle à un « cessez-le-feu immédiat ». Par ailleurs, la Chine, la Russie, l’Iran, le Qatar et la Turquie multiplient les efforts de médiation. Néanmoins, Trump a déclaré qu’il servirait de médiateur « quand il reviendrait » de son voyage, suggérant que les États-Unis pourraient s’impliquer.