Dette mondiale : pourquoi les États continuent d’emprunter malgré les risques

La dette mondiale atteint des niveaux historiques et continue pourtant de croître. États-Unis, Europe, Japon, pays émergents : aucune grande économie n’échappe à cette spirale de l’endettement.

© La dette mondiale atteint des niveaux record, alimentée par les choix budgétaires des États face aux crises économiques et géopolitiques.

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Une dette mondiale à des niveaux inédits

Jamais les États n’ont autant emprunté qu’au cours des dernières décennies.

Une accumulation accélérée depuis les crises

La dette publique mondiale a explosé à la suite de plusieurs chocs successifs. La crise financière de 2008 a marqué un premier tournant, suivi par la pandémie de Covid-19, puis par les conséquences économiques de la guerre en Ukraine et de l’inflation. À chaque crise, les gouvernements ont utilisé l’endettement comme outil de stabilisation pour éviter un effondrement économique et social.

Ce mécanisme s’est installé durablement, transformant l’emprunt en réflexe budgétaire.

Une situation très contrastée selon les pays

Si les niveaux de dette varient fortement d’un pays à l’autre, la tendance reste globale. Les économies avancées empruntent pour soutenir leur modèle social et financer la transition énergétique. Les pays en développement, eux, s’endettent pour maintenir leur croissance et éviter des crises sociales majeures.

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Emprunter pour maintenir la stabilité économique

Contrairement à une idée répandue, l’endettement n’est pas toujours synonyme de mauvaise gestion.

Soutenir l’activité et l’emploi

En période de ralentissement économique, réduire brutalement les dépenses publiques peut provoquer des récessions sévères. Les États préfèrent donc emprunter pour soutenir la demande, préserver l’emploi et éviter une hausse massive du chômage.

Cette logique keynésienne reste largement utilisée, même lorsque les finances publiques sont déjà fragiles.

Éviter les crises sociales et politiques

Les gouvernements savent qu’une réduction brutale des aides, des salaires publics ou des retraites peut déclencher des tensions sociales importantes. L’endettement devient alors un outil de paix sociale, permettant de lisser les ajustements dans le temps.

Le poids des choix politiques

La dette publique n’est pas qu’un sujet économique. Elle est aussi profondément politique.

Des engagements difficiles à remettre en cause

Systèmes de santé, éducation, retraites, défense : une grande partie des dépenses publiques repose sur des engagements de long terme. Les remettre en question est politiquement risqué. Emprunter permet de différer les décisions impopulaires, quitte à transférer la charge aux gouvernements futurs.

La pression électorale permanente

Dans de nombreuses démocraties, les cycles électoraux courts encouragent des politiques de dépenses immédiates. Investir aujourd’hui, quitte à emprunter, est souvent plus payant politiquement que réduire la dette au prix de sacrifices visibles pour les électeurs.

Des marchés financiers encore favorables

Malgré les discours alarmistes, les États continuent de trouver des prêteurs.

Une confiance encore solide dans les grandes économies

Les grandes puissances économiques bénéficient d’une forte crédibilité sur les marchés financiers. Tant que les investisseurs estiment qu’un État est capable de rembourser, ils continuent de lui prêter, parfois à des conditions relativement avantageuses.

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Cette confiance repose sur la taille de l’économie, sa capacité de taxation et le rôle central de certaines monnaies sur la scène internationale.

Le rôle clé des banques centrales

Les banques centrales jouent un rôle majeur dans la gestion de la dette. Par leurs politiques monétaires, elles influencent directement le coût de l’emprunt. Même si les taux ont augmenté, les États savent qu’en cas de crise majeure, les autorités monétaires pourraient intervenir pour éviter un effondrement financier.

Une dette perçue comme un pari sur l’avenir

Pour de nombreux gouvernements, la dette n’est pas seulement un fardeau, mais un pari.

Financer la croissance future

Les États justifient souvent l’endettement par des investissements censés générer de la croissance : infrastructures, transition énergétique, innovation technologique, défense. L’idée est simple : une économie plus forte demain permettra de rembourser plus facilement.

Ce raisonnement comporte toutefois des risques si la croissance espérée ne se matérialise pas.

Miser sur l’inflation et le temps

L’inflation réduit mécaniquement le poids réel de la dette. Certains États comptent implicitement sur ce phénomène pour alléger leur fardeau. Le temps joue également un rôle : étaler la dette sur plusieurs décennies permet de la rendre plus supportable à court terme.

Les risques réels d’un endettement prolongé

Si l’endettement peut être rationnel, il n’est pas sans danger.

Une vulnérabilité accrue aux chocs

Un État très endetté dispose de moins de marges de manœuvre en cas de nouvelle crise. Une hausse brutale des taux, une récession sévère ou une crise géopolitique peuvent rapidement rendre la situation ingérable.

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Le risque de perte de confiance

La dette devient problématique lorsque les investisseurs doutent de la capacité de remboursement. Dans ce cas, les taux explosent, rendant l’emprunt de plus en plus coûteux. Plusieurs pays ont déjà connu ce scénario, avec des conséquences sociales et politiques lourdes.

Une logique difficile à inverser

Malgré les alertes, réduire significativement la dette mondiale reste extrêmement complexe.

Des ajustements politiquement sensibles

Réduire la dette implique soit d’augmenter les impôts, soit de réduire les dépenses. Ces deux options sont politiquement risquées et socialement sensibles. Peu de gouvernements sont prêts à en assumer le coût immédiat.

Une dépendance collective à l’endettement

À l’échelle mondiale, les économies se sont adaptées à un niveau élevé de dette. Revenir brutalement en arrière pourrait provoquer des récessions en chaîne. Cette interdépendance rend toute sortie rapide extrêmement délicate.

Une fuite en avant maîtrisée… jusqu’à quand ?

Les États continuent d’emprunter non par ignorance des risques, mais parce que les alternatives immédiates sont souvent jugées pires. Tant que la croissance tient, que les marchés prêtent et que les sociétés restent stables, cette stratégie perdure.

La question n’est donc pas seulement de savoir si la dette est dangereuse, mais jusqu’où le système mondial peut absorber cet endettement sans rupture brutale. La réponse dépendra autant des choix politiques à venir que de la capacité des économies à créer de la richesse durable.

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